L’Isle le 12 décembre:
Fukushima Daiichi après le séisme du 7 décembre 2012
Il y a 7 mois exactement, le 12 mai 2012, Arnie Gundersen sexprimait sur lunité 4 de Fukushima Daiichi, lors dune conférence dans la region du Kansai : « I believe that the structural damage to Unit 4 is so great that if there is a 7.5 earthquake, it will not withstand it ». Cest-à-dire : « Je pense que les dommages à la structure de lunité 4 sont si importants que, si un séisme de magnitude 7,5 se produit, le bâtiment réacteur ny résistera pas ».
Le double-séisme du 7 décembre 2012 avait une magnitude de 7,4 Si Arnie Gundersen ne se trompe pas, autant dire quon a eu chaud !
A un dixième près, les bâtiments ont-ils souffert ? On ne connaît pas encore les données sismiques précises sur le site même de lex-centrale, mais on peut déjà constater les évènements qui se sont produits les jours suivants. Ont-ils un rapport avec le séisme ?
Unité 1
La concentration dhydrogène a augmenté sensiblement après le tremblement de terre du 7 décembre dans la cuve du réacteur 1 : en deux jours, elle est passée dun taux inférieur à 0,04% à 0,28%. Pas de quoi être inquiétant, mais à suivre. Une augmentation du taux dhydrogène est signe que du corium a bougé, provoquant une radiolyse de leau. Le taux dhydrogène est suivi à la loupe car ce gaz est fortement explosif en mélange avec loxygène. (source)
Unité 2
Tepco a réalisé une inspection le 11 décembre dans la partie basse du réacteur, au niveau dun tuyau (« vent pipe ») reliant la base de lenceinte de confinement à la piscine torique (chambre de suppression). Cette inspection navait pas été annoncée à lavance, on ne sait donc pas ce que Tepco cherchait à cet endroit. Elle a permis au moins de constater quil ny avait pas de fuite à cet emplacement. (source)
On suppose tout de même quils avaient remarqué quelque chose, tout comme Geoffroy, veilleur des tréfonds de lex-centrale : « Le thermocouple « TE-2-3-69N1 » a été déclaré HS depuis des mois, mais Tepco continue quand même de publier les valeurs. Depuis le 3/12, les données publiées ne sont plus « incohérentes », les valeurs montent assez vite :
– 258°C 03/12/2012 17:00
– 262°C 04/12/2012 17:00
– 265°C 05/12/2012 17:00
– 279°C 06/12/2012 17:00
– 273°C 07/12/2012 17:00
– 350°C 08/12/2012 17:00
– 357°C 09/12/2012 17:00
– 366°C 10/12/2012 17:00
– 395°C 11/12/2012 11:00
(Pour rappel, le thermocouple « TE-2-3-69N1″ se situe sous la cuve) ».
Il semble ainsi que cette sonde a également réagi au séisme, et que Tepco y accorde quelque importance.
Mise à jour du 12/12/12 : Tepco recherche en fait une fuite d’eau extrêmement radioactive. Pour l’instant, il reste incapable à retrouver son origine (source).
Unité 3
Après le constat et la réparation, le 10 décembre, dune fuite à la station R03 de désalinisation de leau de refroidissement, le 11 décembre, Tepco a aussi constaté une fuite deau radioactive dans le bâtiment turbine de lunité 3. La fuite aurait eu lieu durant les jours précédents et aurait relâché 15 m3deau filtrée. Cette eau a été analysée pour le césium : Cs-134: 4.2E 7 Bq/m3 et Cs-137: 7,4 E 7 Bq/m3. Tepco na pas donné la cause de cette fuite. Lopérateur présume quelle provient dun tuyau qui a servi à un test de pression pour un autre réacteur. (source)

Localisation de la fuite dans le bâtiment turbine de lunité 3
Unité 4
Selon une information diffusée par Mitsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse, le système de refroidissement de lunité 4 est encore tombé en panne du 8 au 11 décembre. Un travailleur appelé en urgence pour remplacer la pompe aurait constaté en passant que le béton qui a été coulé pour renforcer la piscine sétait fortement détérioré. Cette information na ni été rapportée par les grands médias du Japon, ni communiqué au gouvernement local de Fukushima. (source)
Le système de refroidissement de lunité 4 était déjà tombé en panne enjuillet2012. Quand on voit le temps quil faut « en temps normal » pour remplacer une pompe, on sinterroge sur le temps quil faudrait en cas de problèmes extérieurs cumulés comme un tsunami et une coupure de courant.
A la lumière de ces évènements qui ont suivi le séisme du 7 décembre, on comprend quà chaque secousse, lex-centrale se dégrade un peu plus. Nous, veilleurs de Fukushima, nous ne sommes pas sismologues, mais nous avons appris à partir du séisme du 11 mars 2011 que chaque tremblement de terre doit être étudié dans le détail. Il faut analyser :
1- La structure du sol sur lequel les bâtiments sont construits.
2- Le type de bâtiment, sa fréquence de résonnance et sa conception anti-sismique.
3- La distribution des « accélérations au sol » et notamment leur répartition verticale et horizontale.
4- La direction des accélérations horizontales, qui peuvent jouer dans la direction du meilleur contreventement du bâti ou dans la direction la plus sensible.
5- La puissance de ces accélérations au sol (mesure en Gal).
6- La durée du séisme, « son profil » dans le temps et celui des éventuelles répliques.
C’est pourquoi nous serions heureux que des sismologues français sexpriment sur le sujet de lunité 4 de Fukushima Daiichi.