L’Isle le 7 août: Après ces trois dernières semaines sans nouvelles des suite à donner à la double catastrophe de Fukushima-Daiishi, voici un tours d’horizon sur la situation en ce début août 2012
La catastrophe de Fukushima : des nouvelles en août 2012
Avec le temps, puisquon nen parle presque plus, on pourrait penser que la crise nucléaire est terminée. Oui, la crise spectaculaire, avec ses explosions, ses émanations gigantesques, ses déplacements de population, est terminée. Mais la crise nucléaire est maintenant permanente au Japon. Pour les évacués qui ne peuvent pas rentrer chez eux, pour les évacués à qui les autorités demandent de rentrer chez eux alors que cest encore contaminé, pour les familles séparées, pour les enfants qui ne peuvent plus jouer dehors parce quils savent que cest dangereux, pour les personnes dont on a repéré des nodules dans la thyroïde, pour les parents qui doivent surveiller quotidiennement la nourriture de leur famille, pour les milliers douvriers qui travaillent dans lex-centrale de Fukushima Daiichi, pour les personnes recrutées pour décontaminer les zones interdites, pour les personnes contaminées, pour ces centaines de milliers de Japonais qui manifestent régulièrement pour sortir du nucléaire, la crise nest pas terminée.
Difficile de faire une synthèse. Car cette catastrophe naura sans doute pas de fin. Voici plutôt quelques aspects actuels de cette crise nucléaire permanente, abordée par thèmes.
Nouvelles sur lex-centrale de Fukushima Daiichi
Unité 1
Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.
Depuis quil avait été mis sous tente par Tepco, le réacteur 1 ne faisait plus trop parler de lui. Mais le 22 mai 2012, on apprenait quil ne restait plus que 40 centimètres deau au fond de la cuve du réacteur et quune fuite existait probablement au niveau de la canalisation reliant la cuve du réacteur à la piscine torique. Le 26 juin 2012, une analyse endoscopique a été réalisée : la radioactivité de leau située dans les soubassements prouve unerupture de confinement.
Unité 2
Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.
Un nouveau thermomètre semble défectueux : le thermocouple « TE-2-3-69N1 » montrait une température anormalement élevée de 144°C le 22 juillet 2012. Petit à petit, les ex-réacteurs (officiellement, ce ne sont plus des réacteurs depuis le 19 avril 2012) se dégradent, leau salée, les coriums et la forte radioactivité accélérant la corrosion des matériaux.
Selon Arnie Gundersen, du combustible se serait échappé de lenceinte de confinement, daprès lobservation du 28 juin 2012 au fond de la chambre de suppression n° 1.
Unité 3
Le scénario du pire est confirmé : il y a eu meltdown et rupture de confinement.
Le 11 juillet 2012, un robot nest pas revenu de lune de ses explorations dans le réacteur n°3. Même les robots conçus pour résister à la radioactivité ont des problèmes. Et encore, ce sont de tout petits robots.
Unité 4
Le 11 juillet 2012, Tepco a fini de démanteler le sommet du bâtiment réacteur 4.
Les 18 et 19 juillet 2012, deux assemblages neufs ont été retirés de la piscine 4, ce qui porte à 1533 le nombre dassemblages restant à retirer : 1331 de combustible usé et 202 de combustible neuf. Le début de ce transfert phénoménal ne se fera pas avant décembre 2013. Doù linquiétude légitime qui motive cettepétition.
Fuites et pannes
Il y a toujours des fuites à Fukushima Daiichi, mais on en parle moins car elles sont régulières, ce nest plus spectaculaire. Le 26 juillet 2012, les sous-sols du bâtiment turbines de lunité 6 étaient encore inondés, il a fallu pomper et transvaser durant 6 heures. Doù vient cette eau ? Mystère. Est-elle radioactive ? On peut le supposer car leau récupérée a été stockée dans un réservoir.
Pollution
Air : 16 mois après le terrible mois de mars 2011, le site rejette toujours 10 millions de Bq/h de radio-césium. Où vont ces poussières mortelles ? La plupart vers locéan pacifique, mais le vent peut les pousser aussi vers les terres. Autre moyen de transport rapide pour la dissémination planétaire : le jet stream.
Terre : personne ne veut de la terre contaminée quon racle partout dans les territoires touchés par les retombées radioactives. On en fait quoi ? Si on était sûr quelle ne contenait que du césium, il « suffirait » de la mettre de côté durant 300 ans.
Eau : 228 000 tonnes deau contaminée sont actuellement stockées sur le site. Tepco aimerait sen débarrasser en la rejetant à la mer, mais pour linstant lopérateur na pas dautorisation. Lobjectif de réutiliser leau en circuit fermé ne marche pas car la nappe phréatique remplit les sous-sols. On en fait quoi ? Il y aura un moment donné où, matériellement, il ne sera plus possible de la stocker.
On trouve aussi de leau contaminée très loin de Fukushima, à 25 km du centre de Tokyo. Si aujourdhui les nappes phréatiques sont polluées, cest à cause de la migration progressive des radionucléides dans le sous-sol, partout où il y a eu des retombées.
Le MEXT a mis en ligne des résultats de mesures très fines sur l’eau du robinet : du césium 134 et 137 est détecté à des concentrations très faibles dans 11 provinces.
Irradiation
On vient de découvrir quune société filiale de Tepco demandait à ses employés dinsérer leur dosimètre dans un boîtier en plomb. Ce qui évidemment fait baisser la dose enregistrée et permet aux ouvriers de travailler plus longtemps sur le site contaminé. Par la même occasion, leur espérance de vie va sans doute diminuer, mais les entreprises de lindustrie nucléaire se moquent bien de ce genre de détail, on lavait déjà remarqué depuis longtemps.
Nationalisation
Au terme dun long processus, Tepco est désormais nationalisée, le pourcentage dactions de lEtat ayant dépassé 50% mardi 31 juillet 2012. Par un tour de passe-passe, lopérateur ruiné à cause de la catastrophe nucléaire éponge ses dettes grâce au contribuable japonais. Lentreprise a subi une perte nette de 3 milliards d’euros entre le 1er avril et le 30 juin 2012, causée pour plus de moitié par le versement d’indemnisations pour les victimes.
Santé
Linstitut japonais des maladies infectieuses montre des résultats toujours inquiétants pour certaines affections. Lannée 2011, suite aux explosions de la centrale nucléaire, avait montré une augmentation des cas de pneumonie à mycoplasme. Lannée 2012 est encore pire, comme le montre ce graphique. Les poussières radioactives invisibles sont disséminées partout dans le pays. La maladie avance sournoisement.

Le bilan des doses reçues par les intervenants sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi pour les mois d’avril à juin 2012 est en ligne sur le site de Tepco. Selon lanalyse de lACRO, ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes, avec un maximum de 23,53 mSv en un mois.
Pêche
Le Japon, soucieux doublier la catastrophe nucléaire, a décidé de réintroduire sur les étals des produits de la mer en provenance des eaux de Fukushima. Pourtant, d’autres pays comme la Corée du Sud renforcent plus que jamais leurs régulations à l’importation dans un souci de limiter la diffusion de la contamination marine. Et ils ont bien raison car après un recul au printemps, elle augmente au large d’Hokkaido : le plus haut relevé a été de 70 Bq/Kg (Cs-134 : 31 Bq/Kg, Cs-137 : 39 Bq/Kg) sur un échantillon pris le 1eraoût 2012 (source MEXT).
Démographie
Selon Fukushima Diary, la chute de la population japonaise (Décès – Naissances) entre janvier et mai 2012 est 4 fois plus forte que sur la même période de 2007. Si l’on compare avec 2006, c’est 5 fois plus fort.
Ces données sont basées sur le tableau de bord du service de la statistique démographique du ministère de la Santé, du Travail et de l’Aide Sociale du Japon. Le rapport de juin 2012 n’est pas encore paru.

Justice
Pour les anti-nucléaires, un acte criminel qualifiant le drame de Fukushima aurait été commis par lentreprise électrique Tepco et par le gouvernement. Plusieurs procureurs viennent daccepter de mener une enquête (après le dépôt de 1300 plaintes quand même !). Sils arrivent à prouver que la catastrophe nucléaire de Fukushima a été la conséquence de négligences, des poursuites pourraient être lancées contre les responsables. On pourrait leur suggérer de sappuyer sur les résultats de la commission denquête indépendante dont lerapport a été publié récemment.
Presse
Depuis la catastrophe de Fukushima, la mainmise du lobby nucléaire sur les médias connaît quelques failles. En effet, 3 quotidiens ont décidé de résister : le Mainichi Shinbun, le Tokyo Shinbun, et le Shinbun Akahata. A Tokyo, avec la Révolution des Hortensias en cours, lenjeu est important. Les manifestations antinucléaires apparaissent en une du journal Tokyo Shinbun qui ne prend plus de gant pour soutenir la sortie du nucléaire.
Redémarrage des centrales nucléaires du Japon
Le gouvernement a décidé de relancer au forceps deux réacteurs à la centrale nucléaire dOhi (préfecture de Fukui, dans l’ouest du pays). Selon Courrier International, le Tokyo Shimbun, quotidien désormais antinucléaire, dénonce une décision politique, sans garanties quant à la sûreté, comme s’il ne s’était rien passé à Fukushima.
Kansaï Electric a déjà planifié le redémarrage des unités 3 et 4 de la centrale nucléaire de Takahama, située à environ 250 km à louest de Tokyo. Comme pour lunité 3 de Fukushima Daiichi, le réacteur 3 de Takahama utilise du MOX.
Mobilisation
A chaque rendez-vous, le nombre de participants à la Révolution pacifiste des Hortensias progresse. La grande manifestation du 29 juillet 2012 a conduit la foule à encercler complètement le parlement. Il y a une semaine, un ancien Premier ministre, Yukio Hatoyama, s’était joint à la manifestation hebdomadaire devant la résidence du premier ministre actuel Noda. Tout semble saccélérer. Alors quau départ les manifestations ne se tenaient quà Tokyo, une trentaine de villes emboîtent le pas en organisant une manifestation chaque vendredi : Sapporo, Morioka, Mizusawa, Sendai, Koriyama, Mito, Sodegaura, Sakuragicho, Niigata, Kofu, Nagano, Toyama, Kanazawa, Nagoya, Gifu, Ogaki, Fukui, Otsu, Kyoto, Osaka, Kobe, Himeji, Okayama, Maigo, Hiroshima….
Il est prévu que le groupe des organisateurs des manifestations de Tokyo (dont 13 organisations citoyennes) rencontre le premier ministre Noda. La nomination de Tanaka Shunichi pour la nouvelle instance de sécurité nucléaire sera sans doute sur la table des négociations, mais rien nest encore joué.
Nouvelle instance de sécurité nucléaire
Le gouvernement projette détablir en septembre une nouvelle organisation qui sappelle New Nuclear Regulatory Commission. Elle prendra toutes les décisions qui concernent la politique nucléaire : redémarrages de centrales, évacuations des habitants, seuils de radioactivité, etc. Mais Shunichi TANAKA, en tant que
président de cette commission, est un problème majeur pour le mouvement antinucléaire, car cet homme, actuellement chargé de la décontamination à Fukushima, a travaillé longtemps pour « le village nucléaire ». Il est connu pour ses positions peu glorieuses pour la population : cest lui qui affirme que 1 µSv/h est tout à fait acceptable (=8,7 mSv/an !), et il sest opposé à lévacuation dhabitants de certaines régions de Fukushima.
Les autres candidats-membres à cette commission sont aussi presque tous pro-nucléaires : par exemple, Kayoko NAKAMURA travaille pour Japan Isotope Associsation ou Toyoshi FUKETA pour Japan Atomic Energy Agency.
Si Tanaka devient chef de cette commission, ce sera une nouvelle catastrophe pour le Japon. Cest pourquoi les parlementaires sont très sollicités (pétitions ) pour voter contre ces candidatures. A suivre fin de semaine prochaine.
Futur
On aurait pu penser quaprès la catastrophe nucléaire la pire au monde (3 meltdowns), lagence de sécurité nucléaire japonaise devienne plus sage et corrige le tir. Eh bien non, la nouvelle agence vient de décréter que lunité 1 de la centrale de Genkaï, située dans lextrême Sud du Japon, serait bonne pour le service durant 58 ans ! Tepco envisage même de redémarrer un jour les unités 5 et 6 de Fukushima Daiichi, ainsi que les réacteurs de la centrale de Fukushima Daini. Alors que la colère gronde dans la population japonaise, cest une nouvelle provocation à la demande darrêt de production électrique atomique.
Les autorités nippones nont manifestement pas compris lenjeu vital et sacrifient lavenir du pays en lembarquant à nouveau dans cette énergie catastrophique. Pourtant il y a urgence à régler dabord la crise de Fukushima Daiichi, en particulier en mettant à labri les 1533 assemblages de combustible de la piscine de lunité 4 qui menaceront lavenir du monde durant encore au moins un an et demi !
