Rapport de HORI Yasuo du 13 décembre 2014
traduit de l’espéranto par Ginette MARTIN
_____________________
Nouvelle visite au mont Shinobu
Profitant de la fête de Zamenhof* organisée par l’Association d’Espéranto de Fukushima qui avait lieu le 10 décembre, j’ai voyagé vers la ville de Fukushima et j’ai visité à nouveau le mont Shinobu.
*Note de la traductrice : Les espérantistes ont l’habitude de fêter chaque année la naissance du créateur de l’espéranto, qui est né le 15 décembre 1859.
Intensité de la radioactivité à divers endroits
J’ai mesuré la radioactivité sur le quai de la gare du train rapide Shinkansen, et le chiffre était de 0,09 microsieverts. Ce chiffre n’était pas inquiétant, car la norme du gouvernement pour la pollution radioactive commence à 0,23 microsieverts par heure (1 millisievert par an). A l’échelle mondiale, on accepte cette norme comme irradiation acceptable pour l’homme. Selon la loi japonaise, les gens ordinaires ne sont pas autorisés à (ne peuvent pas) vivre dans les lieux contaminés par plus de 0,23 microsieverts par heure. Dans le département de Fukushima (et dans certaines villes voisines) on nettoie ces sites, en raclant la terre contaminée et en lavant les murs et les toits pollués, pour que ces endroits descendent sous le chiffre de 0,23 microsieverts.
À côté de la gare de Fukushima, j’ai emprunté un vélo. J’ai immédiatement allumé mon dosimètre et ai constaté que le chiffre était de 0,29. Ce chiffre m’a effrayé. Il dépassait la norme ! Plus tard, toujours à bicyclette vers le mont Shinobu et en circulant dessus, j’ai mesuré la radioactivité dans de nombreux endroits. Les résultats sont les suivants:
1-Trottoir à 10 m de la gare : 0,24~0,27
2- Ruelle jouxtant le musée départemental : 0,23~0,24
3- Rigole au pied du mont Shinobu: 10,7!!!
4- Jardin du musée : 0,18
5- Le temple Henshō-in : 0,26~0,42
6- Un endroit sur la route dans la montée : 0,53~0,90
7- Plus haut dans la montée : 0,35
8- Le belvédère No2 :0,23
9- Le parc sur le mont : 0,17 (là, une information datant du 9 septembre indique que le chiffre était de 1,25)
10- Au sommet, près de la tour de la télévision: 0,73
11. Le temple Haguro : 0,32
12- Le lycée Tōryō au pied de la montagne: 0,31
Dans l’image ci-dessus, la pancarte montre le chemin vers le temple shintoïste appelé « Grand Dieu de l’Air ». C’est la première fois que je voyais un nom de temple aussi étrange. Le dosimètre montrait 0,90 microsieverts. Un lieu bien impur pour un temple… Sur la pancarte à côté du mot « Grand Dieu » on lit sur la gauche « Dieu Inari gardien des aliments». J’ai prié ces dieux de tout mon cœur, en leur demandant: «Si vous êtes des dieux de l’air et de la nourriture, purifiez l’air et la nourriture de Fukushima ! »
Efficacité du nettoyage
Au pied du mont Shinobu, côté sud, immédiatement derrière le Musée départemental, il y a un temple, et plus de dix maisons. Quand je suis arrivé ici en novembre, des ouvriers avaient nettoyé la terre autour des maisons près du temple. J’ai mesuré la radioactivité à trois endroits, et les chiffres étaient de 0,36, 0,32 et 043. L’effet du nettoyage n’était pas bien grand. Et où avait-on porté cette terre polluée qu’on avait raclée ? Voyez l’image.
Devant l’entrée de la maison, il y a quelque chose dans un plastique vert. Dedans il y a de la terre raclée, d’abord couverte de terre non polluée et ensuite recouverte d’une toile plastique. Il semble que cette maison ne soit plus habitée. Peut-être les habitants ont-ils fui quelque part en raison de la forte radioactivité. Même si la maison et le jardin étaient assez propres, ils ne voudraient pas vivre ici, obligés de faire toujours face à cette montagne de déchets.
Dans un autre quartier, des ouvriers nettoyaient la maison et le terrain. Ils sont venus du département d’Aichi, à 1000 km de Fukushima. Certes, il manque des ouvriers dans le département de Fukushima, alors viennent maintenant de nombreux travailleurs d’autres départements. Ils raclaient le sol et le mettaint dans des caisses en plastique, puis ils faisaient un monticule de caisses et le couvraient avec une toile en plastique. J’ai mesuré la radioactivité de la terre dans cette caisse. Le chiffre était de 0,78.
J’ai mesuré la radioactivité du jardin dépollué. Les chiffres étaient 1,10, 0,96 et 0,98, donc, à ma surprise, les zones dépolluées étaient plus contaminées que la terre raclée et l’herbe. Le nettoyage n’a eu aucun effet. Les ouvriers ont réellement travaillé, donc j’ai dû en conclure que le nettoyage n’était pas très efficace. Par la suite, bien sûr, arrivera de la montagne de l’eau contaminée et elle continuera d’augmenter la pollution du sol. Donc, certains prétendent que le nettoyage est inefficace et constitue du gaspillage d’argent, et qu’il faudrait utiliser l’argent pour des choses plus vitales.
Si on ferme les yeux, tout est propre.
Dans la soirée, nous avons passé un joyeux moment dans les bains chauds de la station thermale d’Iizaka. Le 11 décembre au matin, j’ai mesuré la radioactivité du terrain de l’hôtel. Les chiffres étaient 0,65 ~ 0,72. A un autre endroit sur la pelouse, les chiffres étaient de 0,82 ~ 0,90. Je me suis hâté vers les gens de Fukushima, qui faisaient la pause dans le vestibule de l’hôtel, et j’ai montré mon dosimètre, mais personne n’a manifesté d’intérêt pour ces chiffres. Ces chiffres n’ont rien de nouveau pour eux. Ils ne peuvent pas changer la situation, si bien qu’ils doivent bon gré mal gré s’y adapter.
Cependant, je ne peux pas les critiquer pour leur attitude. La même chose arrive dans mon département. Après les explosions des réacteurs, des nuages radioactifs sont venus jusqu’à mon département et ont contaminé la terre, mais à présent on n’en a jamais parlé, et on ne mesure pas la radioactivité. Nous vivons en accord avec le proverbe : « Si on ferme les yeux, tout est propre. » Et le gouvernement agit avec l’énergie nucléaire selon un autre nouveau proverbe: «Si on ferme les yeux, tout est sûr. »
Nettoyage dans le village d’Iitate
De retour du mont Shinobu, j’ai visité la « Place du nettoyage » située à côté de la gare. Elle a été fondée et parrainée par le gouvernement et le département de Fukushima afin de donner aux habitants des informations sur la radioactivité et le nettoyage. Dans le bureau, j’ai trouvé des informations sur l’état actuel de la décontamination dans divers villes et villages. J’ai été surpris de voir les informations sur le village d’Iitate.
Iitate n’est pas situé à proximité des centrales nucléaires mais à 60 km de celles-ci, donc les 6 500 habitants ont d’abord pensé que les explosions concernaient d’autres personnes, mais ensuite ils ont su que les nuages nucléaires étaient passés à travers le village et l’avaient beaucoup contaminé, et maintenant tous les habitants se sont réfugiés dans d’autres villes et personne ne vit dans le village. A l’intérieur de celui-ci travaillent maintenant 7 500 ouvriers, pour la plupart venus d’autres villes et départements pour le nettoyage. Chose bien surprenante !
Dans le livre « Le courageux village d’Iitate » les auteurs M. et Mme Hasegawa Kenichi et Hanako, qui étaient des habitants du village, décrivent en détail comment on le nettoie. Je vais en traduire un résumé :
« En janvier 2012, le ministère de l’environnement a publié le plan du nettoyage de 11 villes et villages, dans les régions à pollution intense. Selon lui, la décontamination sera achevée pour mars 2014.
En septembre 2013, il a publié, que la décontamination ne sera pas terminée selon les prévisions et que, concernant Iitate, le nettoyage des maisons durera jusqu’en 2016.
Dans le plan pour le nettoyage à Iitate, le ministère a pour objectif 5 millisieverts par an, tandis que dans d’autres villes et villages l’objectif est de 1 millisievert par an. Le maire Kanno veut faire rapidement revenir les habitants dans le village, et il a donc décidé de ce chiffre comme objectif, mais est-ce que les habitants pourront vivre tranquillement dans des lieux plus pollués que ne le sont des locaux spécialement autorisés dans les hôpitaux et centres d’exploration sur la radioactivité et les villages à Tchernobyl?
Modèle de nettoyage
Selon le plan du ministère, on nettoie les endroits suivants: logements, bureaux, bâtiments communaux, rues, champs et forêts autour des maisons. On nettoie bâtiments et rues par des jets d’eau à haute pression, on racle la terre jusqu’à une profondeur de 5 centimètres, dans un rayon de 20 mètres autour des maisons et on essuie les murs et les toits avec du papier absorbant, mais 75% de la ville est couvert de forêts, de sorte qu’à court terme l’eau, la terre et les feuilles contenant de la radioactivité voyageront jusqu’aux jardins et champs « nettoyés », et les pollueront à nouveau. »
Alors savoir où l’on doit mettre ces terre, herbe, branches, feuilles, papier pollués est un problème important. Dans le département de Fukushima on devra conserver 28 millions de tonnes de déchets quelque part, et le ministère projette de construire des entrepôts dans les villes autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima et de les faire fonctionner en janvier 2015. Jusqu’à ce moment-là, on devra conserver les déchets provisoirement au village, c’est pourquoi on voit partout des monticules de sacs noirs ((fle-con-bag, fleksible container bag, sac poubelle flexible) avec des déchets à l’intérieur.
Mais ces entrepôts restent encore à l’état de plan. Les responsables du ministère répondent sans arrêt : «Nous ne savons pas quand ces entrepôts seront achevés». (Fin du résumé)
Sur la « Place du nettoyage », j’ai demandé à l’employé si les ouvriers pour la dépollution ne viendront pas à manquer. La réponse a été : « La plus grande menace, ce sont les Jeux olympiques de Tokyo. on va payer des salaires plus élevés aux ouvriers du bâtiment pour les Jeux Olympiques, donc beaucoup de travailleurs quitteront Fukushima et on manquera alors d’ouvriers pour le nettoyage « .
La situation est grave, mais le gouvernement et le premier ministre sont très optimistes ou irréfléchis. Ils agissent selon le proverbe: » Si je vais bien, tout est en ordre. »