Japon 2014 – Fukushima/146

Fukushima a ébranlé la confiance des Japonais dans les institutions et la science

Michel DEPROST  |  04.04.2014 – 22:28

La catastrophe de Fukushima a provoqué un séisme dans la société japonaise. La  confiance de la société civile dans l’Etat, les opérateurs a été ébranlée.  Des chercheurs japonais en colloque à Lyon 3 expriment les doutes d’une société civile, qui doivent aussi faire réfléchir en Europe et en France.

La catastrophe de Fukushima il y a trois ans, a marqué une rupture historique dans la société japonaise. Dans cette société où la figure de l’empereur assure une cohésion, les citoyens  ne sont  pas soumis. «  Le silence est l’ordre normal d’une démocratie dans laquelle la confiance est justifiée, explique Alain Marc Rieu professeur de philosophie à l’Université Lyon 3, qui a longtemps enseigné au Japon et en Californie.

Mais la société civile japonaise bouge.  Comme l’a  montré un séminaire de deux jours organisé jeudi et vendredi à l’université Lyon 3.  Plus d’une dizaine de chercheurs japonais sont venus à LYON pour expliquer l’état des réflexions de la société japonaise face aux développements des technologies.

L’énergie, question centrale

Tatshuhiro KAMISATO, professeur associé, Center for the study of communication design, Osaka University, s’est particulièrement  interrogé sur les conditions de développement d’une politique énergétique. « La question de l’énergie est centrale dans les sociétés depuis toujours. C’est le besoin d ‘énergie qui a entrainé  la déforestation du pourtour méditerranéen, c’est la houille noire qui a permis le développement de l’Angleterre, le pétrole, le développement au dix neuvième siècle ».

Les enjeux de l’énergie  conditionnent le développent des sociétés, la puissance des Etats, et le long terme entoure les choix énergétique d’incertitude. Tout n’est pas scientifique dans les choix énergétiques, qui conditionnent les modes de vie et de développement. «  Avec l’énergie, on entre dans la zone grise de la science » explique  Tatshuhiro KAMISATO,

Or la société civile japonaise n’avait face à elle que les experts du Gouvernement ou ceux du Parlement. Certains Japonais ont décidé de se prendre en charge, de faire circuler les informations, de réaliser eux-mêmes des contrôles de radioactivité, de rester mobilisés.

Posséder la science c’est avoir le pouvoir

Les interrogations des Japonais valent en dehors de l’archipel. Toute société doit s’interroger sur son rapport à la science et à la technique, souligne  Marc-Alain Rieu. Tenir les rênes de la science, c’est détenir un pouvoir sur la société.

La question pose la question du rapport de la société civile au pouvoir d’Etat, la question de la décentralisation, de la démocratie.  La société suisse a apporté ses réponses, comme la société allemande où le poids des länder crée un lien fort entre recherche, société et industrie. « Il ne suffit pas qu’un pays ou une région possèdent des chercheurs en point dans leurs disciplines si les retombées de leurs travaux  aboutissent à l’autre bout du monde. »

La question se pose par exemple pour une région comme Rhône-Alpes  qui compte des recherches de  pointe,  mais où la connexion avec la société est incertaine. La volonté d’ancrer plus fortement la science, la technologie, dans la société régionale, exprimée il y a une dizaine d’années n’a pas avancé, sous le point de l’Etat, des corporatismes scientifiques et des intérêts ses établissements.  La distance science société est peut-être aussi grande en Rhône-Alpes qu’au Japon…

michel.deprost@enviscope.com
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